Slimane Dazi : « Ce qui me fascine dans la boxe, c’est la frontière entre la beauté et la brutalité… »

14 Mai
Slimane Dazi, une « gueule » de cinéma à l’ancienne…

Acteur au talent immense, Slimane Dazi, révélé en 2009 dans Un prophète de Jacques Audiard, est aussi un amoureux du Noble Art qu’il a lui-même pratiqué dans sa jeunesse. Dans son livre, Indigène de la nation (Don Quichotte), il livre le récit bouleversant de sa vie et évoque son admiration pour Loucif Hamani. Entretien avec un comédien authentique, fidèle à ses racines, engagé et généreux.

Un témoignage bouleversant à lire absolument !

Slimane Dazi, votre livre Indigène de la nation est un témoignage d’une rare intensité dans lequel vous vous livrez avec sincérité. Pourquoi avoir écrit ce livre ? Quel message avez-vous voulu faire passer ?

Slimane Dazi : « J’ai écrit ce livre comme un acte politique, un cri de colère contre l’injustice que je vis depuis bientôt 59 ans, depuis ma naissance. Je ne sais pas si c’est un message que j’ai voulu faire passer, quoiqu’il en soit j’ai voulu remettre la petite histoire dans la grande, celle de la première génération d’enfants d’immigrés nés en France métropolitaine avant 1962 et qui ont perdu leur droit du sol lorsque leurs parents ont opté pour la nationalité algérienne à l’indépendance de l’Algérie ».

Page 17, vous évoquez le grand champion de notre club, Loucif Hamani, vedette internationale des rings dans les années 70 et 80, que vous surnommez le Sugar Ray Leonard de Paname. Qu’est-ce qu’il représentait pour vous ? 

Slimane Dazi : « Son surnom n’est pas de moi mais des pugilistes qui l’ont côtoyé. Il avait d’ailleurs un autre surnom : le chorégraphe des rings. À mes yeux, il représentait la possibilité de pouvoir réussir en France par le biais du Noble Art, ou même d’un autre sport, malgré nos origines algériennes. Dans le clivage des années 1970, Loucif Hamani représentait un symbole de réussite malgré le handicap de ses origines ».

D’où vous vient votre amour de la boxe ? Comment avez-vous découvert le Noble Art, la première fois ?

Slimane Dazi : « Il remonte à très très loin… Je crois bien que mon premier coup de cœur pour la boxe fut dans un film de Charlie Chaplin où il jouait le rôle d’un petit boxeur face à un gabarit tout en muscles beaucoup plus fort que lui. Il mettait en valeur l’art de l’esquive et du jeu de jambes. Ensuite, le combat que j’ai vu à la télévision en 1974 avec mon père : Mohammed Ali contre George Foreman à Kinshasa ».

Slimane brandit la ceinture WBO des poids moyens gagnée par son ami, le boxeur irlandais Andy Lee, sacré champion du monde la catégorie en 2014 à Las Vegas.

Qu’est-ce que vous aimez dans ce sport, qu’est-ce qui vous fascine ou vous inspire ?

Slimane Dazi : « Ce que j’aime dans ce sport, pour l’avoir pratiqué en tant qu’amateur, c’est la rigueur, la simplicité, un espace où toutes les catégories sociales et ethniques se côtoient, où tout le monde est à égalité. Ce qui me fascine c’est la frontière entre la beauté et la brutalité ».

Boxeurs et joueurs de foot d’origine algérienne ou issus d’autres anciennes colonies ont-ils, selon vous, joué un rôle dans l’histoire de l’immigration ? Hamani, par exemple, était une figure fédératrice, une source de fierté pour beaucoup d’immigrés algériens et leurs enfants…

Slimane Dazi : « Oui, boxeurs et joueurs d’origine algérienne ou d’autres colonies ont non seulement joué un rôle dans l’histoire de l’immigration, mais aussi dans l’Histoire avec un grand H. L’exemple le plus frappant est pour moi l’histoire des 11 du FLN, de cette équipe de football née juste avant la Coupe du monde de 1958 et qui, grâce à ses stars comme Rachid Mekhloufi, Mustapha Zitouni et bien d’autres ont abandonné leurs biens matériels, leur statut de star dans leurs clubs (Monaco, Saint-Etienne, Bordeaux et bien d’autres) pour donner vie à l’équipe du FLN. L’idée étant de faire valoir les droits à l’Algérie libre et indépendante dans les pays qui accepteraient d’accueillir cette équipe encore clandestine. Ce pan de l’histoire n’est malheureusement pas écrit dans les livres scolaires ».

Salif Keita, ballon d’or africain en 1970, était aussi l’une de idoles… Vous avez été vous-même un excellent joueur de football et vous auriez même pu faire carrière… Pas de regrets ?

Slimane Dazi : « Je ne sais pas si j’aurais pu faire une carrière dans le football professionnel, quoiqu’il en soit le football fut, et reste, pour moi un jeu, quand bien même les enjeux sont complètement différents quand on joue à un haut niveau. Je n’ai aucun regret ».

Selon vous, est-il possible de faire un lien entre le métier d’acteur, le monde du cinéma et la boxe ? Voyez-vous des points communs entre ces deux univers qui ont toujours été attirés l’un par l’autre ?

Slimane Dazi : « Il est vrai que beaucoup d’auteurs se sont inspirés d’histoires de grands champions de boxe, le plus connu étant bien évidemment Rocky. La boxe étant un sport populaire, le point commun est cette tragédie qui se joue entre deux hommes sur un ring, les spectateurs tenus en haleine comme ceux des arènes romaines à l’époque des gladiateurs ».

Le ring et le grand écran… Slimane & Andy, une belle amitié entre l’acteur et le boxeur.

Dans votre livre, vous évoquez aussi les discriminations que vous subissez en raison de votre nationalité algérienne… Ces pratiques perdurent-elles aujourd’hui, depuis la sortie de votre livre ?

Slimane Dazi : « Malheureusement oui, car j’attends toujours la réponse à ma demande de réintégration à la nationalité française… ».

Quel regard portez-vous sur ce qui se passe aujourd’hui en Algérie ?

Slimane Dazi : « Paradoxalement, c’est un regard positif car c’est pour moi un véritable message d’espoir et une leçon de démocratie pour tous les autres pays soi-disant civilisés ».

Un message pour les lecteurs de Choisy Boxe ? Notamment à tous ces anciens boxeurs de la génération Hamani qui restent nostalgiques de cette belle époque…

Slimane Dazi : « J’aimerais bien venir faire un entrainement avec vous en respectant mes 59 années de saltimbanque ! De toutes façons, si le souffle me manque, je serais ravi d’y être même en tant que spectateur.  Merci Nasser de m’avoir sollicité pour cet échange ; Ramadan Karim à tous, que la paix vous accompagne ».

Propos recueillis par Nasser NEGROUCHE

Mehdi Labdouni, poings d’acier et coeur de lion !

11 Mai

C’était il y a une trentaine d’années, mais je me souviens encore de sa frappe. Lourde, puissante, archaïque. Pourtant, le combat n’aura pas duré plus d’un round sur le ring de la Porte Pouchet. Ni K.O, ni jet de l’éponge, ni abandon. Mais un arrêt du médecin. Une décision plutôt rare. Mon oeil gauche, complètement fermé, ne me permettait plus de voir ses coups arriver. Lucide mais borgne… Aujourd’hui, lorsque je revois Mehdi Labdouni, il me décrit avec précision la scène étrangement gravée dans sa mémoire : « Nasser, à un moment je fais un retrait du buste pour éviter un de tes coups, puis je reviens avec un direct du gauche à la face. Et c’est là que je vois ton oeil gonfler instantanément. J’ai rien compris… ». Celui a conquis trois fois la ceinture tricolore des poids plumes et super-plumes et disputé quatre championnats d’Europe (dont 2 victorieux) et même un championnat du monde IBO (contre le Britannique Michaël Ayers en 2000 à Brentford) dans les rangs professionnels se souvient parfaitement de notre court affrontement en amateurs au milieu des années 80. La mémoire des boxeurs…

Seul Français vainqueur de Stéfano Zoff

L’ex-élève du regretté Marcel Pigou, l’entraîneur de l’US Fontenay, était déjà une petite vedette à l’époque. Battant organisé, gros frappeur, mental de fer et condition physique toujours optimale, il descendait la plupart de ses adversaires. En pro, il exprimera tout son potentiel en raflant le titre de champion de France et la couronne européenne. Il reste le seul boxeur français à avoir battu le redoutable champion italien Stéfano Zoff auquel il ravira le titre continental en 1994. Démolisseur redouté, Mehdi a défié les plus grands de sa catégorie sans jamais tricher. Victime du boxing business, insuffisamment entouré et sans véritable plan de carrière, il a consenti certaines défaites imméritées face à des boxeurs moins doués que lui mais très protégés. Et chouchoutés par les diffuseurs TV car jugés plus « fédérateurs » par les dirigeants des chaînes… Les connaisseurs ne sont pas dupes. Tous les anciens du Boxing-Club de Choisy-le-Roi se souviennent bien de Labdouni. Le talentueux Habib Benkouider l’a d’ailleurs vaillamment affronté en 4×3 mn. Je voulais rendre ici hommage à Mehdi en partageant avec vous ce court documentaire intitulé « La boxe dans la peau » que lui a consacré le jeune auteur et réalisateur Lucas Hesling en 2017. On y découvre une autre facette, moins connue, de l’ex-champion d’Europe des plumes qui a repris avec succès les rênes du club de boxe de Fontenay-sous-Bois.

Nasser NEGROUCHE

A la mémoire d’Abdel Laidoudi…

27 Avr
Le regretté Abdel Laidoudi, talentueux poids mi-lourd à la frappe dévastatrice. Un destin tragique l’a privé d’une grande carrière…

Disparu dans des circonstances tragiques il y a 32 ans, Abdel Laidoudi, l’ex-champion d’Algérie des poids mi-lourds, remarquable boxeur professionnel licencié au BC Choisy-le-Roi, aura marqué l’histoire de notre club dont il a été l’un des plus solides piliers dans les années 80. Et aussi l’un des plus gros frappeurs…

Nous lui avions déjà consacré un article sur ce blog en 2013 : https://choisyboxe.com/2013/08/25/laidoudi-26-ans-deja/
Mais à l’époque, les photos de lui étaient rares. C’est avec plaisir que je partage aujourd’hui avec vous deux photos de ce regretté colosse des rings qui était promis à une belle et grande carrière pugilistique. La première (sur laquelle il apparaît en garde dans une petite cuisine) m’a été transmise par un membre de sa famille.

Au premier plan, à gauche, les mains tendues sur les genoux, Abdel Laidoudi avec ses camarades de l’Equipe d’Algérie de boxe lors de la préparation des Jeux Africains en 1978.

La seconde (prise avec l’équipe d’Algérie de boxe en 1978) par notre ami Abdel Ali Debah, ex-champion d’Algérie des poids moyens et boxeur international, qui était proche de lui. Tous deux ont d’ailleurs été des sparring-partners assidus et valeureux de notre merveilleux champion Loucif Hamani.

Nasser NEGROUCHE

Castanier père et fils

24 Fév
Raymond Castanier, à gauche, près de Julien Teissonnières. On reconnaît aussi Youssef Debah, en arrière plan, derrière les cordes du ring, près d’un boxeur de notre club.

Sa longue CX break grise nous servait de mini bus. On pouvait y tenir à 8 ou 10. Ça dépendait des catégories de poids auxquelles appartenaient les passagers… Enfants, on s’y entassait aussi parfois dans le coffre comme des sardines en boîte. Une fois arrivé à destination, on en descendait avec des fourmis dans les jambes, les muscles endoloris et des courbatures dans le dos. Un combat avant le combat…

Un mélange de Gabin et de Blier

Notre bien dévoué chauffeur s’appelait Raymond Castanier. Avec son nez aplati, ses costumes rayés et sa gouaille parisienne, il semblait tout droit sorti d’un film d’Henri Verneuil. Un improbable mélange de Gabin et de Blier. Ancien boxeur amateur au nombre incalculable de combats, il était président du Boxing Club de Choisy-le-Roi (fin des années 70, début des années 80) où son fils, Thierry, un bon styliste dans les poids légers, était aussi licencié. Tous les soirs à la salle, disponible, proche des boxeurs dont il comprenait parfaitement la psychologie, il nous emmenait sur tous les rings de France à bord de sa Citroën légendaire qui était équipée d’une suspension hydropneumatique. Un système révolutionnaire à l’époque. Quelques secondes après le démarrage, le véhicule se relevait en position haute, roues dégagées, de manière spectaculaire. C’était un spectacle inoubliable qu’il était fier de nous commenter à chaque déplacement.
D’une rare disponibilité, toujours au service des boxeurs, il incarnait l’un des plus beaux visages du bénévolat qu’il m’ait été donné de voir. Dans les moments difficiles, il savait trouver les mots justes pour nous remonter le moral, nous réconforter. Comme après une défaite, par exemple. A la tête d’une entreprise spécialisée dans l’entretien et la réparation de fermetures et stores, l’homme ne manquait pourtant pas de travail dans le civil… Mais il s’arrangeait toujours pour répondre présent lorsque nous avions besoin de ses services. Il trouvait même le temps de s’investir dans l’association « Les anciens de la boxe » dont il était un membre très actif. Au milieu des années 80, après une brouille avec Julien Teissonnières, il abandonnera ses fonctions de président du club. Mais restera toujours présent dans le monde de la boxe avant de nous quitter définitivement…

Un élégant styliste

Thierry Castanier, un talentueux poids léger à la boxe soignée.

Thierry, son fils, était un bon styliste, à la boxe élégante et appliquée sur le ring. Son enchaînement favori était tout simplement un remarquable « 1,2,3 », gauche-droite-gauche, précis et rapide. Une savoureuse spécialité pugilistique choisyenne. Mobile, bien en ligne, la garde haute, il avait connu un certain succès à la Porte Pouchet, au tout début des années 80, dans la catégorie des poids légers. Discret, humble et très sympathique, il ne bénéficiait d’aucun traitement de faveur en tant que fils du président. Bien au contraire… A ce titre, il devait justement se montrer exemplaire en toutes circonstances et il ne lui était d’ailleurs pas toujours facile de gérer cette pression psychologique. Après quelques années de pratique, il décidera de jeter l’éponge pour se consacrer pleinement à la reprise de l’entreprise familiale dans laquelle il travaillait déjà. Je n’ai jamais eu de nouvelles de lui depuis toutes ces années. Il doit toujours être en activité et j’espère qu’il nous rejoindra bien vite sur ce blog. Thierry, nous ne t’avons pas oublié, fais-nous signe !

Nasser NEGROUCHE

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