Castanier père et fils

24 Fév
Raymond Castanier, à gauche, près de Julien Teissonnières. On reconnaît aussi Youssef Debah, en arrière plan, derrière les cordes du ring, près d’un boxeur de notre club.

Sa longue CX break grise nous servait de mini bus. On pouvait y tenir à 8 ou 10. Ça dépendait des catégories de poids auxquelles appartenaient les passagers… Enfants, on s’y entassait aussi parfois dans le coffre comme des sardines en boîte. Une fois arrivé à destination, on en descendait avec des fourmis dans les jambes, les muscles endoloris et des courbatures dans le dos. Un combat avant le combat…

Un mélange de Gabin et de Blier

Notre bien dévoué chauffeur s’appelait Raymond Castanier. Avec son nez aplati, ses costumes rayés et sa gouaille parisienne, il semblait tout droit sorti d’un film d’Henri Verneuil. Un improbable mélange de Gabin et de Blier. Ancien boxeur amateur au nombre incalculable de combats, il était président du Boxing Club de Choisy-le-Roi (fin des années 70, début des années 80) où son fils, Thierry, un bon styliste dans les poids légers, était aussi licencié. Tous les soirs à la salle, disponible, proche des boxeurs dont il comprenait parfaitement la psychologie, il nous emmenait sur tous les rings de France à bord de sa Citroën légendaire qui était équipée d’une suspension hydropneumatique. Un système révolutionnaire à l’époque. Quelques secondes après le démarrage, le véhicule se relevait en position haute, roues dégagées, de manière spectaculaire. C’était un spectacle inoubliable qu’il était fier de nous commenter à chaque déplacement.
D’une rare disponibilité, toujours au service des boxeurs, il incarnait l’un des plus beaux visages du bénévolat qu’il m’ait été donné de voir. Dans les moments difficiles, il savait trouver les mots justes pour nous remonter le moral, nous réconforter. Comme après une défaite, par exemple. A la tête d’une entreprise spécialisée dans l’entretien et la réparation de fermetures et stores, l’homme ne manquait pourtant pas de travail dans le civil… Mais il s’arrangeait toujours pour répondre présent lorsque nous avions besoin de ses services. Il trouvait même le temps de s’investir dans l’association « Les anciens de la boxe » dont il était un membre très actif. Au milieu des années 80, après une brouille avec Julien Teissonnières, il abandonnera ses fonctions de président du club. Mais restera toujours présent dans le monde de la boxe avant de nous quitter définitivement…

Un élégant styliste

Thierry Castanier, un talentueux poids léger à la boxe soignée.

Thierry, son fils, était un bon styliste, à la boxe élégante et appliquée sur le ring. Son enchaînement favori était tout simplement un remarquable « 1,2,3 », gauche-droite-gauche, précis et rapide. Une savoureuse spécialité pugilistique choisyenne. Mobile, bien en ligne, la garde haute, il avait connu un certain succès à la Porte Pouchet, au tout début des années 80, dans la catégorie des poids légers. Discret, humble et très sympathique, il ne bénéficiait d’aucun traitement de faveur en tant que fils du président. Bien au contraire… A ce titre, il devait justement se montrer exemplaire en toutes circonstances et il ne lui était d’ailleurs pas toujours facile de gérer cette pression psychologique. Après quelques années de pratique, il décidera de jeter l’éponge pour se consacrer pleinement à la reprise de l’entreprise familiale dans laquelle il travaillait déjà. Je n’ai jamais eu de nouvelles de lui depuis toutes ces années. Il doit toujours être en activité et j’espère qu’il nous rejoindra bien vite sur ce blog. Thierry, nous ne t’avons pas oublié, fais-nous signe !

Nasser NEGROUCHE

Le Bulletin des Sports de Choisy-le-Roi saison 1983-84

7 Déc
35 ans après sa parution, cette édition n° 8 du Bulletin des Sports publiée par l’OMS est quasiment intacte. A la Une, rassemblés autour de Julien et Gérard Teissonnières, les boxeurs du BC Choisy-le-Roi.

35 ans après, la revue est quasi intacte, soigneusement conservée dans une chemise en carton à rabats retrouvée dans mes archives. C’est le n°8 du Bulletin des Sports édité par l’Office municipal des Sports de la ville (OMS) en septembre 1983. Une édition annuelle qui couvrait l’ensemble de la saison sportive. A la une, une photo, prise au Gymnase Max Rousié de la Porte Pouchet (Paris 17ème) probablement au début de l’année 1983,  de plusieurs boxeurs de notre club qui étaient alors en activité.
Rassemblés autour de notre regretté professeur, Julien Teissonnières et son fils Gérard,  de notre ancien  président Raymond Castanier et de l’ex-président du Comité d’Ile-de-France Raymond Baldeyrou, on reconnaît au premier rang accroupis, de gauche à droite : moi-même, Nasser Negrouche, Areski Lounis, Youssef Lattab. Au deuxième rang, à la gauche de Gérard, c’est Fayçal Debah qui arbore fièrement sa médaille autour du cou. Juste derrière Monsieur Teissonnières, je pense reconnaître le visage de notre ami Haddadou dont je garde un bon souvenir. A droite de Monsieur Castanier, il me semble que c’est Gharbi. Je ne reconnais pas, en revanche, le boxeur qui se trouve à sa gauche. Dans le fond, à gauche, on distingue sans mal Youssef Debah, ex-champion de France amateur des poids lourds. A droite, je ne parviens pas à identifier avec certitude le boxeur. Peut-être Frédéric Djefal ? Mais il n’était pas aussi grand, à moins qu’il ne se soit placé sur la première marche du gradin pour la photo. Je compte sur vous pour m’aider à mettre un nom sur tous les visages !

Nasser NEGROUCHE

Julien Teissonnières : « Je suis comme un jardinier qui taille ses arbres… »

7 Oct

Article parisien JT 1993OKRetrouvée au fond d’une vieille valise démodée et pleine de souvenirs décolorés, une double page du Parisien, à peine jaunie par le temps et qui sent bon le vieux papier. Soigneusement pliée en deux, tel un parchemin sacré, elle est datée du 25 mars 1993. C’est la rubrique « Les sports Régionaux » de l’édition val-de-marnaise du quotidien national, page VII exactement.
En haut, un article titré « Le Plessis affiche sa sérénité » qui parle de football. En bas à droite, il est  question d’un certain Marek Lesniewski du C.M Aubervilliers qui a remporté la première étape Mondeville-Notre-Dame-de-Gravenchon du Tour de Normandie. Côté actualité sociale, en page II, on apprend dans cette même édition, que la production reprend à Yoplait-Ivry  et que les pharmaciens du département poursuivent leur mouvement de grève pour protester contre la délivrance  des prescriptions au titre de l’assurance-maladie gratuite. Enfin, un gros titre fait la une de ce cahier intérieur : « Le père meurtrier aux assises ».  Le papier évoque le procès d’un meurtre passionnel sordide déguisé en crime de rôdeur à Nogent-sur-Marne.

« C’est ça mon dada ! »

Mais revenons à la page VII de ces pages locales. En bas, sur 4 colonnes, s’étale un article consacré à notre regretté professeur de boxe Julien Teissonnières. Sous la plume de Cécile Nangeroni, il est titré : « A 81 ans, il fait encore le coup de poing ». Malgré cette formulation pas très heureuse à notre goût, l’article révèle certaines informations intéressantes sur la carrière de Monsieur Teissonnières. Ainsi, il n’aurait disputé que 5 combats amateurs et serait passé professionnel à l’âge de 21 ans. Dans les rangs pro, il aurait livré plus de 75 combats avant d’être contraint de raccrocher les gants en 1936; après une blessure à l’oeil survenue au cour d’un combat à Elbeuf. Déchirement de la rétine.
En 1993, au moment où cet article a été publié, notre professeur enseignait la boxe depuis 50 ans. Un demi-siècle consacré à la pédagogie du Noble Art. Tous les jours (et même deux fois par jour le mercredi). Le dimanche étant consacré aux compétitions fédérales la première moitié de la saison et, souvent, aux retours des galas du samedi soir l’autre moitié. Un vrai sacerdoce, assumé avec patience et bienveillance. Sans jamais faiblir pendant toutes ces années de dévouement. « Avec mes sportifs, je suis comme un jardinier qui taille ses arbres ! Je vois les jeunes arriver, je les forme et ils se développent physiquement et mentalement sous mes yeux. C’est ça mon dada ! », confiait Julien Teissonnières à la journaliste du Parisien. Une passion qui a donné naissance à une belle forêt de boxeurs au BC Choisy-le-Roi.

Nasser NEGROUCHE

 

 

Guitry Bananier, l’étoile filante du ring

10 Sep

Guitry BananierokDeux fois champion de France des poids légers au milieu des années 1970, sélectionné aux Jeux Olympiques de Munich en 1972 (en même temps que Loucif Hamani), vainqueur de plusieurs tournois internationaux avec l’Equipe de France…
Guitry Bananier était un escrimeur du poing hors pair, un artiste du ring qui a collectionné les trophées dans les rangs amateurs. Sa boxe féline a envoûté le public pendant les quelques années de sa prodigieuse et fulgurante carrière. Un parcours en forme d’étoile filante… Styliste longiligne et précis, il boxait avec intelligence et finesse, anticipant les gestes de ses adversaires, provoquant même leurs fautes pour mieux les piéger. Pur produit de l’école Julien Teissonnières, il connaissait ses classiques : feinter, toucher, tourner, esquiver, remiser…
A Munich, son style fluide et chorégraphique fera sensation. Mais son rêve de médaille ne se réalisera pas hélas. Il remportera cependant une belle victoire face au portoricain Luis Davila, champion d’Amérique Latine des poids légers. Décédé dans des circonstances tragiques au tout début des années 80, Guitry Bananier a laissé un vide immense au Boxing-Club de Choisy-le-Roi. Aujourd’hui encore, on évoque sa mémoire avec respect et tristesse…
Tous ceux qui l’ont connu lui prédisaient alors un bel avenir international chez les professionnels. Il aura néanmoins inspiré toute une jeune génération d’apprentis boxeurs par sa légende personnelle, sa boxe élégante et ses qualités humaines. Humble, toujours de bonne humeur, il était apprécié de tous. Tout comme son jeune frère Pascal, également brillant boxeur de haut niveau. Guitry demeurera l’un des boxeurs les plus doués de l’histoire de notre club. Nous ne l’oublierons pas. Une pensée fraternelle pour sa famille.

Nasser NEGROUCHE

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