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L’or et le charbon

16 Juin
Du jaune sur un fond noir, les couleurs historiques du Boxing Club de Choisy-le-Roi

Le nouveau logo de notre site ne doit rien au hasard. Les couleurs historiques du BC Choisy-le-Roi, dans les années 70 à 90, étaient le jaune et le noir. L’or de la victoire et le charbon de l’effort. La souffrance, les sacrifices et la gloire. Tout un symbole chromatique qui illustre bien la philosophie Teissonnières : travailleur dur, très dur même puis savourer (modestement) son triomphe. Et recommencer… A la belle époque de notre club, shorts et peignoirs de combat portaient tous ces mêmes peintures de guerre. Trois bandes jaune sur fond noir. Signées Adidas, nos tenues tissées dans une soie légèrement brillante suscitaient l’admiration dans les vestiaires. Elles tranchaient avec les coloris souvent vifs (bleu ciel, vert, rouge, orange…) qu’arboraient les autres écoles de boxe. Et le public ne s’y trompait pas non plus lorsque nous traversions la salle pour nous rendre sur le ring. Le peignoir, surtout, avec son revers jaune à l’encolure et aux manches respirait la classe. Vissées à nos pieds, d’authentiques chaussures de boxe noires, tout en cuir, complétaient notre costume d’apparat. Certaines paires remontaient aux années 60. Et lorsque la pointure ne correspondait pas exactement à la taille du pied du boxeur, Julien Teissonnières n’hésitait pas à forcer un peu la main… Ainsi, il n’était pas rare qu’un boxeur qui chaussait habituellement du 42, par exemple, enfilât des brodequins de taille 40. Un vrai supplice. Le cuir rigide ne s’assouplissait guère pendant le combat et on ressortait de la bagarre sans une égratignure mais avec de méchantes ampoules aux orteils. Les poings levés au ciel mais les pieds défaits. La victoire et la souffrance. Encore la métaphore de l’or et du charbon. « La boxe est un sport janséniste », écrivait Roland Barthes.

Nasser NEGROUCHE

Direct plein coeur…

5 Juin
Djamel Rémini, entraîneur du CSQL de Choisy-le-Roi, dans le coin du ring de la Porte Pouchet, conseille son boxeur pendant la minute de repos. Photo : Chris Henry.

Le coup…de pouce est arrivé par courrier. Un chèque de 100 euros. Envoyé à Choisy Boxe il y a quelques jours par Djamel Rémini, ancienne gloire du Boxing Club de Choisy-le-Roi, pur produit de l’école de boxe fondée par Julien Teissonnières. Depuis 2005, il dirige avec talent son propre club, le dynamique Cercle sportif Quartiers Libres (section Boxe) à Choisy. Un geste à l’image de l’homme : spontané et généreux. « J’ai voulu ainsi contribuer au fonctionnement du blog car je sais que tu passes beaucoup de temps à faire vivre bénévolement la mémoire de notre club et que l’animation d’un site engendre des frais… », m’a confié Djamel lorsque je l’ai appelé pour le remercier. Il n’a pas tort… Entre les paiements des redevances annuelles liées à l’hébergement du site et au nom de domaine, les coûts de l’éditeur WordPress et des applications connexes, les frais de déplacement pour aller récupérer des archives à droite à gauche, effectuer des recherches ou copier et numériser des documents, l’air de rien, il faut disposer d’un petit budget non négligeable pour faire vivre le site. Depuis sa création, en septembre 2012, je prends intégralement en charge tous ces frais. Et je n’ai jamais sollicité aucune aide durant ces sept années car – tous ceux qui me connaissent le savent bien – c’est la passion pour notre club qui m’anime. Je ne compte pas mes heures de travail pour en faire revivre l’histoire, transmettre sa mémoire aux plus jeunes et perpétuer ainsi la formidable aventure humaine vécue ensemble pendant toutes ces années d’or qui brillent toujours dans nos souvenirs partagés. Merci Djamel pour ton aide précieuse qui contribuera à la pérennité du site. Si vous voulez, vous aussi, soutenir Choisy Boxe, vous pouvez cliquer sur « Je fais un don » (en haut à droite de l’écran) et vous pourrez me faire parvenir directement votre participation par CB (suivre le lien vers paypal pour accéder au paiement par CB). Vous pouvez aussi cliquer ici : https://choisyboxe.com/je-soutiens-choisy-boxe/ Toute aide est évidemment la bienvenue, quel que soit son montant. Merci à vous !

Nasser NEGROUCHE

Slimane Dazi : « Ce qui me fascine dans la boxe, c’est la frontière entre la beauté et la brutalité… »

14 Mai
Slimane Dazi, une « gueule » de cinéma à l’ancienne…

Acteur au talent immense, Slimane Dazi, révélé en 2009 dans Un prophète de Jacques Audiard, est aussi un amoureux du Noble Art qu’il a lui-même pratiqué dans sa jeunesse. Dans son livre, Indigène de la nation (Don Quichotte), il livre le récit bouleversant de sa vie et évoque son admiration pour Loucif Hamani. Entretien avec un comédien authentique, fidèle à ses racines, engagé et généreux.

Un témoignage bouleversant à lire absolument !

Slimane Dazi, votre livre Indigène de la nation est un témoignage d’une rare intensité dans lequel vous vous livrez avec sincérité. Pourquoi avoir écrit ce livre ? Quel message avez-vous voulu faire passer ?

Slimane Dazi : « J’ai écrit ce livre comme un acte politique, un cri de colère contre l’injustice que je vis depuis bientôt 59 ans, depuis ma naissance. Je ne sais pas si c’est un message que j’ai voulu faire passer, quoiqu’il en soit j’ai voulu remettre la petite histoire dans la grande, celle de la première génération d’enfants d’immigrés nés en France métropolitaine avant 1962 et qui ont perdu leur droit du sol lorsque leurs parents ont opté pour la nationalité algérienne à l’indépendance de l’Algérie ».

Page 17, vous évoquez le grand champion de notre club, Loucif Hamani, vedette internationale des rings dans les années 70 et 80, que vous surnommez le Sugar Ray Leonard de Paname. Qu’est-ce qu’il représentait pour vous ? 

Slimane Dazi : « Son surnom n’est pas de moi mais des pugilistes qui l’ont côtoyé. Il avait d’ailleurs un autre surnom : le chorégraphe des rings. À mes yeux, il représentait la possibilité de pouvoir réussir en France par le biais du Noble Art, ou même d’un autre sport, malgré nos origines algériennes. Dans le clivage des années 1970, Loucif Hamani représentait un symbole de réussite malgré le handicap de ses origines ».

D’où vous vient votre amour de la boxe ? Comment avez-vous découvert le Noble Art, la première fois ?

Slimane Dazi : « Il remonte à très très loin… Je crois bien que mon premier coup de cœur pour la boxe fut dans un film de Charlie Chaplin où il jouait le rôle d’un petit boxeur face à un gabarit tout en muscles beaucoup plus fort que lui. Il mettait en valeur l’art de l’esquive et du jeu de jambes. Ensuite, le combat que j’ai vu à la télévision en 1974 avec mon père : Mohammed Ali contre George Foreman à Kinshasa ».

Slimane brandit la ceinture WBO des poids moyens gagnée par son ami, le boxeur irlandais Andy Lee, sacré champion du monde la catégorie en 2014 à Las Vegas.

Qu’est-ce que vous aimez dans ce sport, qu’est-ce qui vous fascine ou vous inspire ?

Slimane Dazi : « Ce que j’aime dans ce sport, pour l’avoir pratiqué en tant qu’amateur, c’est la rigueur, la simplicité, un espace où toutes les catégories sociales et ethniques se côtoient, où tout le monde est à égalité. Ce qui me fascine c’est la frontière entre la beauté et la brutalité ».

Boxeurs et joueurs de foot d’origine algérienne ou issus d’autres anciennes colonies ont-ils, selon vous, joué un rôle dans l’histoire de l’immigration ? Hamani, par exemple, était une figure fédératrice, une source de fierté pour beaucoup d’immigrés algériens et leurs enfants…

Slimane Dazi : « Oui, boxeurs et joueurs d’origine algérienne ou d’autres colonies ont non seulement joué un rôle dans l’histoire de l’immigration, mais aussi dans l’Histoire avec un grand H. L’exemple le plus frappant est pour moi l’histoire des 11 du FLN, de cette équipe de football née juste avant la Coupe du monde de 1958 et qui, grâce à ses stars comme Rachid Mekhloufi, Mustapha Zitouni et bien d’autres ont abandonné leurs biens matériels, leur statut de star dans leurs clubs (Monaco, Saint-Etienne, Bordeaux et bien d’autres) pour donner vie à l’équipe du FLN. L’idée étant de faire valoir les droits à l’Algérie libre et indépendante dans les pays qui accepteraient d’accueillir cette équipe encore clandestine. Ce pan de l’histoire n’est malheureusement pas écrit dans les livres scolaires ».

Salif Keita, ballon d’or africain en 1970, était aussi l’une de idoles… Vous avez été vous-même un excellent joueur de football et vous auriez même pu faire carrière… Pas de regrets ?

Slimane Dazi : « Je ne sais pas si j’aurais pu faire une carrière dans le football professionnel, quoiqu’il en soit le football fut, et reste, pour moi un jeu, quand bien même les enjeux sont complètement différents quand on joue à un haut niveau. Je n’ai aucun regret ».

Selon vous, est-il possible de faire un lien entre le métier d’acteur, le monde du cinéma et la boxe ? Voyez-vous des points communs entre ces deux univers qui ont toujours été attirés l’un par l’autre ?

Slimane Dazi : « Il est vrai que beaucoup d’auteurs se sont inspirés d’histoires de grands champions de boxe, le plus connu étant bien évidemment Rocky. La boxe étant un sport populaire, le point commun est cette tragédie qui se joue entre deux hommes sur un ring, les spectateurs tenus en haleine comme ceux des arènes romaines à l’époque des gladiateurs ».

Le ring et le grand écran… Slimane & Andy, une belle amitié entre l’acteur et le boxeur.

Dans votre livre, vous évoquez aussi les discriminations que vous subissez en raison de votre nationalité algérienne… Ces pratiques perdurent-elles aujourd’hui, depuis la sortie de votre livre ?

Slimane Dazi : « Malheureusement oui, car j’attends toujours la réponse à ma demande de réintégration à la nationalité française… ».

Quel regard portez-vous sur ce qui se passe aujourd’hui en Algérie ?

Slimane Dazi : « Paradoxalement, c’est un regard positif car c’est pour moi un véritable message d’espoir et une leçon de démocratie pour tous les autres pays soi-disant civilisés ».

Un message pour les lecteurs de Choisy Boxe ? Notamment à tous ces anciens boxeurs de la génération Hamani qui restent nostalgiques de cette belle époque…

Slimane Dazi : « J’aimerais bien venir faire un entrainement avec vous en respectant mes 59 années de saltimbanque ! De toutes façons, si le souffle me manque, je serais ravi d’y être même en tant que spectateur.  Merci Nasser de m’avoir sollicité pour cet échange ; Ramadan Karim à tous, que la paix vous accompagne ».

Propos recueillis par Nasser NEGROUCHE

Mehdi Labdouni, poings d’acier et coeur de lion !

11 Mai

C’était il y a une trentaine d’années, mais je me souviens encore de sa frappe. Lourde, puissante, archaïque. Pourtant, le combat n’aura pas duré plus d’un round sur le ring de la Porte Pouchet. Ni K.O, ni jet de l’éponge, ni abandon. Mais un arrêt du médecin. Une décision plutôt rare. Mon oeil gauche, complètement fermé, ne me permettait plus de voir ses coups arriver. Lucide mais borgne… Aujourd’hui, lorsque je revois Mehdi Labdouni, il me décrit avec précision la scène étrangement gravée dans sa mémoire : « Nasser, à un moment je fais un retrait du buste pour éviter un de tes coups, puis je reviens avec un direct du gauche à la face. Et c’est là que je vois ton oeil gonfler instantanément. J’ai rien compris… ». Celui a conquis trois fois la ceinture tricolore des poids plumes et super-plumes et disputé quatre championnats d’Europe (dont 2 victorieux) et même un championnat du monde IBO (contre le Britannique Michaël Ayers en 2000 à Brentford) dans les rangs professionnels se souvient parfaitement de notre court affrontement en amateurs au milieu des années 80. La mémoire des boxeurs…

Seul Français vainqueur de Stéfano Zoff

L’ex-élève du regretté Marcel Pigou, l’entraîneur de l’US Fontenay, était déjà une petite vedette à l’époque. Battant organisé, gros frappeur, mental de fer et condition physique toujours optimale, il descendait la plupart de ses adversaires. En pro, il exprimera tout son potentiel en raflant le titre de champion de France et la couronne européenne. Il reste le seul boxeur français à avoir battu le redoutable champion italien Stéfano Zoff auquel il ravira le titre continental en 1994. Démolisseur redouté, Mehdi a défié les plus grands de sa catégorie sans jamais tricher. Victime du boxing business, insuffisamment entouré et sans véritable plan de carrière, il a consenti certaines défaites imméritées face à des boxeurs moins doués que lui mais très protégés. Et chouchoutés par les diffuseurs TV car jugés plus « fédérateurs » par les dirigeants des chaînes… Les connaisseurs ne sont pas dupes. Tous les anciens du Boxing-Club de Choisy-le-Roi se souviennent bien de Labdouni. Le talentueux Habib Benkouider l’a d’ailleurs vaillamment affronté en 4×3 mn. Je voulais rendre ici hommage à Mehdi en partageant avec vous ce court documentaire intitulé « La boxe dans la peau » que lui a consacré le jeune auteur et réalisateur Lucas Hesling en 2017. On y découvre une autre facette, moins connue, de l’ex-champion d’Europe des plumes qui a repris avec succès les rênes du club de boxe de Fontenay-sous-Bois.

Nasser NEGROUCHE

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