La boxe fait son come-back à Choisy-le-Roi !

8 Avr

Affiche-boxe-Choisy-OKC’est une première depuis 20 ans. La dernière soirée de boxe organisée par un club local (hors événements du Comité du Val-de-Marne) remonte à l’époque où le regretté Daniel Péraud, ancien président du Boxing Club de Choisy-le-Roi, était encore aux manettes. C’était à la fin des années 90.
Samedi 28 avril 2018, Djamel Rémini, ex-sociétaire du BC Choisy-le-Roi, aujourd’hui à la tête de sa propre salle, le CSQL section Boxe, réconcilie la ville avec le Noble Art. L’ancien protégé de Julien Teissonnières, poids léger au style spectaculaire, propose un savoureux plateau pugilistique composé de 12 combats amateurs dont 2 féminins.  Issus des meilleurs clubs de Paris et sa banlieue, les combattants devraient assurer le spectacle sur le carré magique. Premier coup de gong à 20h, mais arrivée conseillée à 19h30 (restauration sur place). « C’est une véritable fierté de pouvoir organiser un tel événement à Choisy-le-Roi, dans le gymnase où j’ai accompli la quasi totalité de ma carrière. Je tiens à remercier la municipalité de son soutien : c’est grâce à l’appui du maire, M.Didier Guillaume et de l’Adjoint aux Sports, M.Hassan Aoummis que ce projet a pu voir le jour. Je me souviens encore avec nostalgie de ces grandes soirées de boxe que Monsieur Teissonnières avait organisées au début des années 80. C’étaient de grands événements populaires qui fédéraient tous les habitants autour de leurs boxeurs, soudaient les gens dans de belles valeurs sportives. Notre club, à l’époque, jouissait d’un grand prestige au niveau national et même international… », confie Djamel Rémini, trop modeste pour rappeler qu’il était lui-même l’une des vedettes du club.

Une escrime du poing reconnaissable entre mille !

Héritier naturel de Julien Teissonnières, entraîneur mythique du BC Choisy-le-Roi pendant un demi-siècle, Djamel perpétue avec passion son enseignement d’une boxe toute en finesse, en mobilité et en précision. Une escrime du poing reconnaissable entre mille et qui signe avec élégance le style de son école de boxe. « C’est un art qui demande beaucoup de travail et de patience pour approcher la perfection. La boxe a certes évolué mais les fondamentaux restent les mêmes pour faire un champion ». La perfection, Julien Teissonnières l’avait atteinte à travers son légendaire poulain Loucif Hamani, merveilleux poids moyen de classe mondiale, au style enchanteur qui faisait rêver les puristes du Noble Art et fascinait le Tout-Paris qui accourait à chacune de ses sorties. La prodigieuse vista d’Hamani aura influencé toute une génération de jeunes boxeurs qui ont trouvé en lui un modèle inspiré et inspirant. Secondé par l’excellent coach Lounis Gueddouche, lui-même ancien licencié du BC Choisy-le-Roi, Djamel reste fidèle à cette belle boxe qui fait plus appel à l’intelligence et la stratégie qu’à la force brute.

Un prestige à reconquérir

Rémini ring

Djamel Rémini, un entraîneur passionné !

Parmi les autres boxeurs de génie qui ont porté haut les couleurs de la municipalité sur les rings, on peut citer Guitry Bananier, Omar Zenasni, Idir Negrouche, Gérard Teissonnières, Bruno Mini, Khaled Lasbeur, Madjid Izaouène, Hamid Magdoud, Mohamed Chebab, Frédéric Djefal, les frères Debah, Philippe Wintousky, Mustapha Belkaïd, El Habib Benkouider, Benziane, Djaouani, Madani Medjani, Germain Djida, Sims Acolatse, Aglas, Mohamed Medjahed, Hassan Fekih Ali, Daniel Masson, Aude Manbolé, Salah Ouhab, Laurent Montgermont, Pascal Peraud… Pour ne citer qu’eux… Sous la direction de Monsieur Teissonnières, la ville de Choisy-le-Roi brillait sur tous les rings de France et de Navarre. Le club municipal était même décrit comme « l’une des écoles de boxe les plus redoutées de France » dans un article du journal L’Equipe consacré aux grands clubs français. « Il est certain que nous avons un prestige à reconquérir… Choisy et la boxe, c’est une belle histoire et notre ambition est d’en écrire encore quelques belles pages », conclut Djamel Rémini.

Nasser NEGROUCHE

Cédric Vitu : « Si je suis encore en vie, ce n’est pas pour rien : je serai champion du monde ! »

7 Mar
Dans quelques jours, le boxeur français tentera d’arracher le titre WBA des super-welters à l’Argentin Brian Carlos Castano. Au-delà de l’enjeu sportif, Cédric a rendez-vous avec son destin. Pour lui, le temps est venu de tenir l’émouvant serment fait à ses deux amis d’enfance, Anis et Taoufik, abattus à la kalachnikov sous ses yeux  le  16 juillet 2006 à Creil…
AFFICHE VITU VS CASTANO

Le mental d’un boxeur est peuplé de secrets enfouis, de silences déchirants, de blessures éternelles, de cauchemars d’enfance et de rêves inavoués. C’est le vrai carburant des champions. Une mystérieuse énergie intérieure que rien ni personne ne peut endiguer. Cédric Vitu, le prodige de la boxe tricolore, multiple champion d’Europe des super-welters, élu meilleur boxeur du continent en 2017 et probable futur champion du monde de la catégorie est habité par ces forces célestes qui le portent depuis toujours. « Je sais que tout ce qui arrive maintenant ne doit rien au hasard. Si je dispute ce titre mondial, c’est pour une raison bien précise. Si je suis toujours en vie, c’est justement pour devenir Champion du Monde… », confie avec conviction et gravité le gaucher de Montataire.

Pour la mémoire de mes frères de cœur…

Ceux qui voyaient en lui une sorte de golden boy surdoué du Noble Art avide de trophées, de gloire et de dollars se trompent lourdement. Ou ne le connaissent pas vraiment. Cédric ne boxe pas pour l’argent, la reconnaissance médiatique ou la satisfaction de son égo. Depuis 12 ans, peu de temps après ses débuts dans les rangs professionnels en décembre 2005, Cédric boxe pour honorer la mémoire d’Anis et de Taoufik, ses deux amis d’enfance abattus sous ses yeux un soir d’été de l’année 2006 à Creil (Oise). Un épisode fondateur dans la construction de sa personnalité de champion. Lui-même aurait pu y laisser sa peau… « 28 douilles d’arme automatique ont volé autour de moi et j’aurai pu être à leur place… ».
Depuis cette tragédie, Cédric a donné un autre sens à son métier de boxeur, à sa vie. Il ne fait pas une carrière mais il façonne, jour après jour, un rêve de jeunesse : offrir à ses deux frères de cœur la ceinture de champion du monde. Car c’est pour eux qu’il endure, depuis toutes ces années, tant de sacrifices, qu’il s’impose autant de privations et de rigueur à l’entraînement. « Oui, c’est vrai… Pour moi, c’est presqu’un devoir de devenir Champion du Monde car je sais que, de là où ils sont aujourd’hui, ils veillent sur moi comme ils le faisaient avant de partir. Je pense que ce sont mes anges gardiens », expliquait déjà Cédric Vitu, à Choisy Boxe, en mars 2016. Aujourd’hui, à quelques jours de son Championnat du Monde contre l’invaincu Argentin Castano, le prodigieux gaucher de Montataire, fidèle à son serment, est toujours dans le même état d’esprit : « Si je suis encore en vie, ce n’est pas par hasard et ce n’est pas pour rien : je dois devenir Champion du Monde pour la mémoire d’Anis et de Taoufik… ». 

Nasser NEGROUCHE

 

 

Le mystère de la licence amateur 1931 du prof !

8 Jan

Licence JTOKC’est l’année de l’exposition coloniale internationale de Paris. Le 6 mai 1931, à la Porte Dorée, le président Gaston Doumergue inaugure en fanfare cette gigantesque opération de propagande à la gloire de l’empire français.  Les pavillons s’installent pour une durée de 6 mois, autour du lac Daumesnil, sur plus de 110 hectares du bois de Vincennes. Le prix du ticket d’entrée est à 3 francs et on promet aux visiteurs, qui peuvent traverser le lac en « pirogue malgache », un « tour du monde en une journée ». Entre spahis marocains, danseuses africaines et « cannibales » kanaks, le public, fasciné, savoure l’exotisme coloré des colonies aux portes de Paris.
C’est dans cette ambiance folklorique que notre défunt professeur de boxe, Julien Teissonnières, à peine 20 ans à l’époque, se rend tous les jours à la salle Gélineau pour s’entraîner. En 1931, il est licencié en qualité de boxeur amateur, sous le numéro 6094, à la Fédération française de boxe ainsi que l’atteste le document reproduit ci-contre, fournit par sa belle-fille Marie-Anne Teisssonnières, veuve de notre regretté Gérard et grâce à laquelle ce site est régulièrement alimenté en documents d’archives de première main. Cette licence parfaitement régulière en apparence (malgré le dernier chiffre de la date de naissance à l’évidence maquillé…) est signée de la main du célèbre président Paul Rousseau sauf erreur de ma part. Elle est cependant bien mystérieuse et suscite de nombreuses interrogations. En 1931, notre professeur boxait déjà dans les rangs professionnels. Au moins depuis le 27 avril 1926, date de son premier combat pro recensé par le site BoxRec.com. Il affrontait ce jour-là, à Paris (Ring du XVème arrondissement), un certain J. Simon.
Alors comment expliquer ce mystère ? Puisqu’on observe, dans la reconstitution de sa carrière proposée par BoxRec, une longue période d’inactivité entre mars 1927 et septembre 1931, on peut imaginer qu’il a été contraint de reprendre une licence amateur temporaire avant de pouvoir à nouveau boxer parmi les professionnels.  L’obligation réglementaire purement « formelle » est, à mon avis, la thèse la plus probable.  Cela me semble d’autant plus réaliste que rien n’est inscrit au dos de la licence, sur le tableau intitulé RESULTATS et dans lequel auraient dû être reportés les éventuels combats amateurs livrés en 1931. Mais il existe peut-être une autre explication, plus loufoque, plus inattendue. Comme, par exemple, une banale erreur de la FFB qui aurait délivré par mégarde deux licences à notre professeur pour la même saison ? Ou encore une disposition légale ponctuelle qui aurait permis aux boxeurs de détenir deux licences à la fois et de boxer en pro ou en amateur selon les circonstances et les opportunités ? On a récemment vu que la frontière entre les deux univers n’était pas si étanche, notamment en ce qui concerne les critères de participation aux Jeux Olympiques… Le mystère reste entier.

Nasser NEGROUCHE

Jean Rauch, mort d’un juste

31 Déc

L’oeil malicieux derrière ses lunettes dorées rectangulaires, une large moustache poivre et sel toujours bien taillée, un sourire espiègle qui illuminait son visage ridé de vieux sorcier des rings et une gouaille haute en couleurs façon Audiard : Jean Rauch, entraîneur du Boxing Club Paris 20ème, est décédé jeudi 28 décembre 2017, à 73 ans, des suites d’une longue maladie qu’il aura combattu jusqu’au bout avec héroïsme. Sa disparition a provoqué un profond émoi dans le monde de la boxe.
Figure populaire de la vie pugilistique parisienne, Jeannot, comme l’appelait affectueusement ses amis, était un personnage généreux et attachant.  On le savait atteint d’un mal incurable depuis quelques années, mais chacun voulait croire au miracle. Pour Jeannot, l’homme de tous les défis et du dépassement de soi, rien ne semblait impossible. Proche des boxeurs auxquels il portait une affection paternelle, il apportait à chacun un réconfort et un appui qui allaient bien au-delà de l’enseignement du Noble Art. Entraîneur au mythique Ring Daumesnil (Paris 12ème) et au Ring de Montreuil  dans les années 70 et au début des années 80, aux côtés des grands managers Roger Bensaïd et Jean Traxel, il a formé et côtoyé de grands champions français dont la plupart étaient originaires d’Afrique. En 1987, écoeuré par les combines du Boxing business, il fonde sa propre salle à Ménilmontant, le Boxing Club de Paris 20ème, qu’il dirigera de main de maître pendant 30 ans dans une ambiance familiale. Avec une exigence absolue : protéger ses boxeurs, ne pas sacrifier leur intégrité physique et psychologique pour sa gloire personnelle, pour les titres et l’argent. A la salle, ses « enfants » l’appellent « papa » avec une bouleversante tendresse. Parmi ses plus belles réussites : Aya Cissoko, championne d’Europe et du monde dans les rangs amateurs en 2006.
Fils d’ouvrier, issu d’une famille nombreuse de Bagnolet, il était sensible à la souffrance sociale de ces combattants qui vivaient dans le dénuement. Certains, privés de logement, dormaient même à la salle chez Bensaïd et empochaient quelques dizaines de francs en échange de 3 à 6 rounds de rudes séances de sparring… Solidaire des plus démunis , Jean Rauch, a toujours contribué activement à la promotion sociale de ses poulains. Il les aidait dans leurs démarches administratives, pour obtenir des papiers, un logement ou un emploi. Dans le même temps, il motivait les plus jeunes dans leur scolarité et les incitait à poursuivre des études pour avoir plus de chances, plus tard, de s’insérer socialement. Fort de sa riche expérience humaine acquise sur le terrain, il en avait tiré une belle philosophie sur l’universalité de la condition humaine et dénonçait le poids insupportable des inégalités économiques et sociales, des humiliations et des discriminations. Son engagement résolu contre les injustices et sa foi inébranlable dans l’humanité qui est en chacun de nous lui avaient permis de transcender toutes les appartenances culturelles et identitaires. Pour Jean, il n’y avait qu’une seule vérité : celle du coeur. Et il l’a prouvé.

Nasser NEGROUCHE

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